Chronique 6
Arrivée à Norroy-Plesnois, l’église est ouverte. Une femme nous y attend, Mme Paul, dont j’ai eu les coordonnées par une autre femme qui devait être présente deux jours auparavant et que nous avons ratée de peu. Cette dernière est membre de l’association de l’église, association très active dont elle nous parle avec entrain. Elle a apporté bon nombre de documents relatifs à Michel Thiria et au fameux vitrail qui se trouve ici : Saint-Michel terrassant le dragon de l’Apocalypse. Nous sommes rapidement rejointes par une historienne membre de l’association, Madame Schlemaire, qui a elle aussi apporté des photos et des documents d’archives précieux.
Le vitrail de mon arrière-grand-père a été retrouvé en 2010 dans le grenier du Presbytère, en tas, détruit. Il a fallu le reconstituer comme un puzzle, minutieusement, et ces femmes passionnées l’ont fait, en hommage au maître-verrier messin mais aussi à l’Abbé Lacroix grand militant de la région que Michel Thiria avait rencontré lors de son internement en 1914 à Ehrenbreitstein et auquel il avait promis un vitrail pour son église. Il comporte ainsi la dédicace « Saint-Michel, patron du Barrois, protégez la ville de Noeroy-le-Vinour ». Ce vitrail avait été enlevé en 1965 après le passage de la commission d’art sacré qui avait demandé de le remplacer, ainsi que tous les vitraux latéraux du chœur, par des figures géométriques… Sans doute moins gênantes.
Nous voici donc devant le vitrail de mon arrière-grand-père entièrement recomposé, exposé dans l’église comme un tableau, grâce aux mains délicates de ces deux bénévoles et à l’œuvre d’un peintre verrier de la région de l’atelier Salmon. C’est une grande émotion de réaliser tout ce travail pour rendre hommage à la mémoire d’un homme, de deux hommes engagés, à toute une époque sombre. Redonner éclat et lumière en ces lieux.
Manque malheureusement le vitrail des internés d’Ehrenbreitstein qui se trouvait sur le mur latéral face à Saint-Michel et l’on me demande s’il ne serait pas en famille. Mais non je ne possède rien, aucun bout de verre, encore moins que le grenier qui contient encore des bouts cassés de vitraux impossibles à reconstituer.
Ne restent que des brèches de réminiscence laissant passer ça et là quelques lueurs.
« et tes souvenirs en flèches
fichés là dans ton cœur
arrachant tes peaux par endroit
font comme dans les vieux murs fissurés
des trouées de lumière
inespérées »

