Chronique 5
J’attendais la fin de ma résidence pour me confronter directement à mes souvenirs. Il me fallait passer par Michel Thiria et ses vitraux, dans une certaine distance temporelle, pour m’approcher de plus en plus vers ce qui constitue mes souvenirs et ceux vécus avec toi. Et c’est une autre route que je dois prendre, une autre partition qui doit se jouer.
Me voici dans la brume à remonter le temps vers notre maison de famille de Dieue-sur-Meuse perdue de vue depuis 37 ans. Depuis tant de temps elle reste figée dans ma mémoire, elle et ses jardins, elle et ses papiers peints, elle et son blockhaus.
Sur la route, forcément de la brume qui peu à peu se dissipe. Fallait-il déjà cette atmosphère pour me laisser entendre que j’allais entrevoir l’impossible retrouvaille, l’impossible point d’intersection entre l’imaginaire rêvé et immense de l’enfance et le présent changé qui ne signifie plus rien puisque manquent les sensations ?
Tout, du portail à l’entrée, au mobilier, au jardin, au blockhaus, n’a plus ni la même vue ni le même rugueux. La saison froide et humide ajoute encore au décor. La roseraie n’a plus de roses, le potager plus de fleurs ni de fruits, le blockhaus est envahi et les papiers peints remplacés.
Il faudrait juste regarder le sol, baisser les yeux pour retrouver les carrelages qui eux sont restés là. Et s’asseoir sur le vieux canapé rescapé, en velours jaune, où tu nous lisais des histoires dans la pièce des gardes au mur crépi à présent. Baisser les yeux pour les fermer et retrouver peut-être en aveugle ce qui était et n’est plus. Les lumières crépitantes de ce qui reste hors temps comme on dit hors gel.
On sentirait alors une chaleur, de celle qui n’est plus là devant soi dans une certaine réalité vécue mais de celle pleinement vivante, traversante, ayant passé les ans comme les organes, la mémoire comme tous les sens à jamais non saturés.
